« Aujourd’hui, les jeunes ne manquent pas d’informations : ils manquent de repères », Interview de Claire Soulas
Sage-femme libérale, Claire Soulas accompagne au quotidien des jeunes confrontés aux doutes, aux tabous et à la désinformation en matière de sexualité. Entre progrès de la parole et persistance des idées reçues, elle appelle à renforcer la prévention et l’éducation sexuelle.
Une profession encore méconnue
Pouvez-vous vous présenter et expliquer votre rôle ?
Je suis sage-femme libérale. Mon activité comprend le suivi gynécologique de prévention, le suivi de grossesse, le post-natal et la préparation à la naissance. On ignore souvent que les sages-femmes peuvent suivre les femmes en bonne santé à tous les âges de la vie, même en dehors d’une grossesse. On peut consulter simplement pour parler sexualité, contraception ou santé gynécologique.
Dans quels cas les jeunes consultent-ils le plus ?
Principalement pour des questions sur leur corps, leur sexualité ou la contraception. Il existe une consultation gratuite jusqu’à 25 ans, appelée Consultation de Contraception et Prévention. Elle permet d’aborder la sexualité, les infections sexuellement transmissibles, la vaccination, ou encore de rassurer sur ce qui est normal ou non. C’est souvent une consultation d’éducation à la santé.
L’enjeu de l’information à l’ère numérique
Les jeunes sont-ils bien informés aujourd’hui ?
Ils sont mieux informés qu’avant, mais le problème, c’est le tri de l’information. Ils ont accès à énormément de contenus, notamment sur les réseaux sociaux, et il devient difficile de distinguer les sources fiables des discours erronés.
Voyez-vous beaucoup d’idées reçues ?
Oui, énormément. Sur la pilule, sur l’hygiène intime, sur la sexualité en général. Certaines patientes achètent des produits inutiles vus sur internet alors qu’un simple examen médical permettrait d’identifier le problème. Ce n’est pas un manque d’information, c’est un excès d’informations mal hiérarchisées.
Que conseillez-vous face à cette désinformation ?
D’oser consulter. Même pour une question qui paraît banale. Un professionnel de santé pourra donner une réponse adaptée et fiable, ce qu’internet ne garantit pas toujours.
Une éducation sexuelle encore incomplète
L’école remplit-elle correctement son rôle ?
Pas vraiment. L’éducation sexuelle dépend beaucoup des établissements. On parle du VIH ou du préservatif, mais on manque d’informations concrètes du quotidien : comprendre son cycle, savoir quand consulter, connaître les symptômes normaux ou non. Or, ce sont ces connaissances qui permettent aux jeunes de prendre en main leur santé.
Pourquoi cette éducation est-elle essentielle ?
Parce qu’elle permet de prévenir les grossesses non désirées et les infections sexuellement transmissibles. Les pays qui informent les jeunes tôt et sans tabou ont de meilleurs indicateurs de santé sexuelle. L’éducation reste la meilleure prévention.
Les peurs face à la consultation
Quelles sont les principales craintes des jeunes patientes ?
La peur de l’examen gynécologique. Beaucoup pensent qu’il est obligatoire dès la première consultation, alors que ce n’est pas le cas. Avant 25 ans, s’il n’y a pas de symptôme particulier, on peut très bien se contenter d’une discussion.
Les pratiques médicales évoluent-elles ?
Oui, on est dans une phase de transformation. Les jeunes générations de soignants insistent davantage sur le consentement, l’explication des gestes et la bienveillance. C’est essentiel, car la gynécologie touche à l’intime. Quand la patiente se sent respectée, elle adhère mieux au suivi médical.
Le rôle ambivalent des réseaux sociaux
Les réseaux sociaux sont-ils plutôt bénéfiques ou problématiques ?
Les deux. Ils permettent de libérer la parole, de diffuser de l’information et de normaliser certaines discussions autour de la sexualité. Mais ils diffusent aussi des contenus faux ou anxiogènes. Le défi aujourd’hui, c’est d’apprendre à croiser les sources et à vérifier l’information
Un message aux jeunes
Quel conseil souhaiteriez-vous leur donner ?
D’oser consulter, même sans symptôme. La prévention est essentielle. Trouver un professionnel avec qui on se sent à l’aise, poser ses questions, vérifier ses informations. La sexualité fait partie de la santé, et il ne faut pas attendre qu’un problème apparaisse pour s’en préoccuper.
